Dronautique et cartographie du territoire : les points de rencontre et d'affrontement entre économistes, ingénieurs, juristes et géomètres.
Les voix illustres qui, dans le secteur du bâtiment, présentent les drones comme la principale réponse d'avenir pour tout ce qui concerne la cartographie du territoire dépassent désormais les frontières de tous les pays. Rien d'étonnant, puisque grâce aux aéronefs télépilotés il est possible de quadriller de vastes zones en peu de temps et d'effectuer des contrôles structurels en obtenant des images DSM et DTM d'une très grande précision. Le tout avec l'avantage de pouvoir « être sur place », virtuellement mais avec un rendu réel de la situation en quelques minutes.
En prenant des photos depuis le drone en séquences rapprochées, perpendiculaires au sol afin d'obtenir les bandes photogrammétriques, et grâce à des logiciels dédiés, on obtient une restitution du tracé planimétrique de toute la zone ainsi qu'un modèle tridimensionnel fidèle et détaillé.
Cependant, précisément en raison de la transdisciplinarité à laquelle se prêtent les APR, le débat sur leur utilisation, sur leur potentiel et aussi sur les problématiques qui y sont liées dépasse le cadre de l'ingénierie aérospatiale et devient un sujet de discussion dans divers secteurs.
Voyons ensemble quelques avis sur l'utilisation des drones dans le domaine de la cartographie à des fins de construction et de protection du patrimoine culturel.
Les États-Unis en tête
Une voix très autorisée vient du monde du journalisme économique américain, Chris Anderson, ancien directeur de Wired Magazine et l'un des plus grands experts de l'impact des technologies avancées sur l'économie. En 2009, sa clairvoyance l'a conduit à fonder une entreprise, justement avec Jordi Muñoz, un expert très jeune mais prometteur de la technologie de vol sans pilote. Ensemble, ils ont commencé à développer des technologies de pilotage automatique ; parmi leurs équipes de développeurs figuraient aussi plusieurs géomètres, qui ont pu apporter d'importantes pistes pour résoudre certaines problématiques de la cartographie civile et archéologique.
C'est également des États-Unis que vient l'avis de Steve Wernke, archéologue à la Vanderbilt University, qui a décidé d'employer des drones pour le contrôle et la cartographie des zones archéologiques fragiles après avoir vu des photos aériennes prises par des pilotes américains pendant la Première Guerre mondiale.
Pour et contre au Pérou
L'archéologie, précisément, a énormément misé sur la cartographie 3D réalisée avec des drones.
Au Pérou, où se distingue l'ancienne cité inca du Machu Picchu avec des milliers de ruines antiques, de plus en plus d'archéologues se font accompagner d'ingénieurs capables d'utiliser des drones pour mener le travail d'étude et de protection des sites.
L'activité ne vise pas seulement à surveiller l'érosion et d'éventuels agents naturels dangereux, mais aussi et surtout à remédier à la dégradation causée par des constructeurs illégaux, des mineurs, des touristes importuns.
Les archéologues péruviens se servent des drones pour reproduire des sites en trois dimensions en quelques jours ou quelques semaines, au lieu de mois ou d'années comme c'était le cas il y a encore peu pour réaliser de simples cartographies bidimensionnelles. Ana Maria Hoyle, archéologue du ministère de la Culture, soutient depuis longtemps que les drones sont désormais des outils essentiels pour la conservation des biens culturels, et a déjà fait l'acquisition d'appareils qui ont considérablement réduit les délais et les coûts de cartographie de grands sites de fouilles, autrefois réalisée avec des théodolites, des cartes et des excursions à pied.
Luis Jaime Castillo, archéologue de l'Université de Lima, engagé dans les fouilles du site de San José de Moro, a employé cette métaphore : « Faire une cartographie avec un drone, c'est comme avoir un scalpel à la place d'un bâton ».
Le tout, en faisant face à diverses problématiques législatives et environnementales : au Pérou, l'air raréfié typique des Andes tend à causer des problèmes de stabilité à ces petits aéronefs, tandis qu'un autre gros problème tient à la taille des batteries, qui sont volumineuses et de courte durée. Il y a ensuite les questions relatives à la vie privée, déjà réglementées aux États-Unis et dans plusieurs pays d'Europe, mais pas encore au Pérou.
Et l'Europe ?
En Europe, de nombreuses réponses et actions faisant autorité viennent justement d'Italie. Dans notre pays, ingénieurs, géomètres et juristes se trouvent souvent dans la nécessité de travailler avec les institutions pour faire face aux urgences liées aux zones sismiques, à la construction illégale et aux phénomènes de criminalité organisée. Mais, comme souvent, on fait de nécessité vertu et de ces collaborations naissent des actions et des projets comme celui de la région de Ferrare, où l'on a pu obtenir une cartographie détaillée du Teatro Nuovo de Mirandola grâce à un hexacoptère, après les dommages causés par le séisme de 2012.
Par ailleurs, les nouvelles règles de l'ENAC , si elles constituent d'un côté une limite à l'utilisation de ces équipements sophistiqués, ont de l'autre l'avantage de réglementer ce qui risquerait de devenir un véritable far west.
Les professionnels du secteur ne peuvent désormais plus ignorer l'importance d'une formation de haut niveau pour l'utilisation des drones, qui dans quelques années seront incontournables dans de très nombreuses activités.
Et vous, qu'en pensez-vous ? Un drone peut-il changer pour toujours votre façon de travailler ?